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LE MEDIATIF ET L’APPROCHE CONTRASTIVE

Silvia Bоteva

web


КАТЕГОРИЯТА МЕДИАТИВ И СЪПОСТАВИТЕЛНИЯТ ПОДХОД (резюме)

Медиация и медиатив са сред ключовите думи в статията. Медиация се използва с две значения. От една страна, с този термин се обозначава ролята на посредник, на "медиатор", която съпоставителната лингвистика изпълнява в преводаческата дейност с цел да организира и структурира често интуитивния пренос, осъществяван от езика-източник към езика-цел. Данните, получени в резултат на съпоставителен анализ, са от особена важност, когато става дума за типологични отлики между двата езика. Такъв е случаят с т.нар. дискурсивна медиация и с категорията медиатив. Тази втора интерпретация на термина медиация е пряко свързана с речевата дейност.

В аналитичната част на статията се разглеждат основни маркери на медиатива в българския и френския език (наред с термина медиатив в езиковедската литература се използва и терминът евиденциалност). Фактът, че българският език притежава напълно разгърната система от глаголни времена - преизказните, а френският - не, е в основата на редица проблеми от теоретичен и приложен характер.

Съпоставителният анализ се осъществява в рамките на теорията за функционално-семантичните категории или полета, които съответстват на определени понятийни категории. Функционално-семантичните полета са еднородни по отношение на смисъла и разнородни по отношение на формалния си състав, защото включват езикови единици, принадлежащи на различни равнища. В ядрото на полето са разположени езиковите елементи с най-висока степен на граматикализация, а в периферията са разпределени други елементи - лексикални, морфосинтактични, контекстуални и т.н.

Разглеждат се основните значения на българските преизказни форми, онагледени с примери, и преводните им еквиваленти във френски. Констатира се подчертан аломорфизъм, като ветрилото на френските еквиваленти включва разнообразни и разнородни елементи: времена (имперфект, плусквамперфект, кондиционал и др.), синтактични структури (пряка, полупряка реч), определени лексеми, контекстуални индикатори.

Извършеният конкретен анализ потвърждава ролята на съпоставителната лингвистика като посредник в преводаческата дейност. Подобни изследвания водят и до изводи от по-общ, теоретичен характер, отнасящи се до определени вътрешноезикови специфики и до съществени междуезикови различия.


 

Le terme de médiation, appliqué aux faits du langage, se prête à des interprétations variées. Il évoque une des fonctions les plus importantes du langage, celle de transmettre de l’information et se réfère à des notions comme sources du savoir, prise en charge, point(s) de vue, responsabilité, pour n’en citer que quelques-unes (cf. Dendale, Tasmowski 1994).

D’autre part la médiation peut être considérée comme une des caractéristiques saillantes de la linguistique contrastive et du rôle qu’elle devrait assumer lors du processus de traduction afin d’organiser et de structurer le transfert parfois chaotique ou tout au moins intuitif, effectué par le traducteur / l’interprète et allant de la langue - source à la langue - cible.

Les conclusions auxquelles aboutit l’analyse contrastive peuvent s’avérer particulièrement importantes lorsqu’on constate des différences typologiques entre les langues comparées. Le cas de l’énonciation médiative en est un bon exemple (cf. Guentcheva 2011).

Ces observations motivent la démarche adoptée dans la présente étude. En premier lieu seront élucidées, dans la mesure du possible, certaines notions théoriques de base. Deuxièmement on va aborder, toujours d’un point de vue théorique, la médiativité en tant que catégorie linguistique générale. On va procéder, en troisième lieu, à l’analyse des marqueurs du médiatif en bulgare et en français. Le fait que le bulgare possède une catégorie grammaticale appropriée et le français non, engendre des problèmes d’ordre théorique et pratique. L’analyse des équivalents fonctionnels dans ce domaine a pour objectif de proposer un cadre adéquat garantissant la crédibilité des résultats obtenus.

 

1. LA NOTION DE PRISE EN CHARGE

La notion de prise en charge a toujours fait partie des termes énonciatifs, mais sa véritable théorisation et la définition de son champ d’application ont été validées par une série d’articles parus ces dernières années (cf. Coltier et al. 2009, Dendale, Coltier 2011, Haillet 2014). Il en ressort que les auteurs sont loin d’être unanimes, leurs opinions sont disparates, voire contradictoires et opposées (cf. l’aperçu de la problématique fait par Coltier et al. 2009).

Il y a lieu de distinguer entre des approches plus étroites et des approches larges. Ainsi Donaire envisage la prise en charge comme "une stratégie énonciative polyphonique" liée au choix du point de vue présenté par le sujet parlant "qui détermine le sens de l’énoncé" (Donaire 2011: 72), la prise en charge supposant aussi des cas de non prise en charge.

La plupart des auteurs optent pour une interprétation beaucoup plus étendue suivant laquelle "tout énoncé est pris en charge, par définition" (Coltier et al. 2009: 17; cf. également Desclés 2009, Colas - Blaise 2011, Guentcheva 2011). Adhérant à cette interprétation, nous allons présenter un peu plus en détail les idées de J.-P. Desclés 2009, qui vont servir de point de départ à nos réflexions sur le médiatif.

La prise en charge s’associe à différentes opérations énonciatives. Selon Desclés ces opérations se réduisent à quelques grands types: simple énonciation, assertion, actes performatifs, énonciation modale, énonciation rapportée, énonciation médiative.

Pour rendre compte du caractère graduel et graduable de la prise en charge, Desclés introduit également les notions de "engagement" / "désengagement" et de "négociable" / "non négociable". On peut constater à propos de l’énonciation déclarative simple, par exemple, que les contours de la prise en charge sont assez flous, ce qui implique aussi bien l’engagement que le désengagement de l’énonciateur d’une part, l’aspect négociable ou non négociable du contenu propositionnel, d’autre part. Par contre la prise en charge liée à l’assertion sous-tend uniquement l’engagement et le caractère non négociable.

Pour ce qui est de l’énonciation rapportée, la prise en charge va de pair avec le non engagement de l’énonciateur car celui-ci ne fait que transmettre les propos d’un tiers. Ce que l’énonciateur prend en charge dans ce cas c’est le seul fait de reprendre le dire d’un autre locuteur, a priori non négociable.

Il en va autrement pour l’énonciation médiative à travers laquelle l’énonciateur prend en charge la plausibilité d’un contenu propositionnel "à partir du constat de certains indices" (Desclés 2009: 41) - il s’agit donc d’un contenu négociable résultant d’un certain désengagement de la part de l’énonciateur.

Cette présentation, si sommaire qu’elle soit, laisse voir les multiples faces de la prise en charge en tant qu’opération inhérente à toute activité énonciative.

 

2. LE MÉDIATIF

Le médiatif1 peut être considéré donc, suivant l’optique présentée ci-dessus, comme une opération énonciative de prise en charge. La spécificité de cette opération est liée à la manière indirecte dont est reçue l’information représentant le contenu propositionnel, indirecte puisque s’appuyant sur des indices jouant le rôle d’ "intermédiaires informatifs". Ils peuvent renvoyer à une information empruntée à autrui, mais aussi à des données informatives auxquelles l’énonciateur aboutit par voie d’inférence ou à la suite d’une perception - auditive, visuelle, etc. (cf. Dendale, Tasmowski 1994, Desclés 2009, Guentchéva 2011).

Les marqueurs du médiatif varient d’une langue à l’autre, certains d’entre eux revêtent une forme morphologique systémique et possèdent des morphèmes "médiatifs" appropriés2.

 

2.1. Le mediatif en bulgare

Le bulgare est la seule langue slave (avec le macédonien) à avoir grammaticalisé le médiatif et à disposer d’un inventaire morphologiquement cohérent de formes verbales médiatives. Il n’empêche que c’est un point très controversé. Le débat porte sur le statut de cette catégorie et sur sa portée. L’approche traditionnelle, bien ancrée dans les grammaires et les ouvrages linguistiques, privilégie son caractère modal. Suivant cette approche il s’agit d’un mode à part entière, le rénarratif.

Il existe d’autres interprétations, à commencer par celle de Trifonov 1912, (cité par Kutsarov 1998) qui délimite une catégorie verbale indépendante du système des modes, englobant des paradigmes verbaux à la base de l’opposition énonciation directe - énonciation indirecte. C’est dans cette lignée que se situent les recherches de certains linguistes bulgares contemporains. Iv. Kutsarov par exemple pose l’existence de la catégorie dite modus de l’énonciation. C’est une catégorie morphologique définie à partir de l’opposition privative énonciation indirecte (rénarrative) - énonciation directe, le premier constituant de l’opposition étant l’élément "fort", sémantiquement marqué (cf. Kutsarov 1998: 2007).

Un des arguments allégués par Kutsarov c’est que le constituant fort, le rénarratif notamment, présente un paradigme complet de formes verbales qui s’opposent de par leurs marques formelles, morphologiques aux paradigmes verbaux propres à tous les modes bulgares. Autrement dit chaque mode a des corrélats rénarratifs.

Les temps du rénarratif sont des formes composées constituées à partir de l’auxiliaire sam et le participe passé actif du verbe. De par son contenu notionnel le rénarratif appartient à la catégorie du médiatif - il rend compte du fait que le contenu propositionnel de l’énoncé est une reprise indirecte d’une information quelconque, ce qui signale, en termes de prise en charge, un désengagement plus ou moins prononcé du sujet parlant.

 

3. LE MÉDIATIF ET L’APPROCHE CONTRASTIVE

La linguistique contrastive a un impact direct sur la traduction à la fois sur le plan théorique et pratique. Les analyses théoriques aboutissent sans faille à des constatations et à des conclusions de caractère appliqué - étudier certaines divergences typologiques entre telle ou telle langue rend plus opératoire et plus adéquat le transfert informationnel effectué entre ces langues.

Pour ce qui est du cadre théorique qui circonscrit les recherches contrastives, il faut qu’il garantisse les résultats obtenus sans être trop "sophistiqué" et formalisé - cela permettrait son application à l’étude contarstive de n’importe quel type de langues. A notre sens la théorie des champs fonctionnels - sémantiques satisfait à cette exigence.

Au départ ce modèle se limitait à des catégories telles la modalité, l’aspectualité, la temporalité, donc à des catégories conceptuelles basiques et à leur sémiotisation par les langues (cf. Bondarko 1972, 1983). Les investigations discursives qui dominent dans la linguistique contemporaine ont actualisé le caractère de ces catégories, repensées comme des catégories énonciatives.

A quoi se résume le modèle théorique en question? Le champ fonctionnel - sémantique est conçu comme une construction abstraite renfermant la multiplicité de moyens dont disposent les langues pour désigner une catégorie donnée, que ce soit une catégorie logico-sémantique ou énonciative. Ce champ peut être visualisé comme un cercle possédant un noyau et une périphérie. Le noyau sera rempli par les éléments dont le degré de grammaticalisation est le plus élevé, ce seront les éléments nucléaires. Dans la périphérie seront disposés tous les autres moyens linguistiques. Les éléments nucléaires sont par définition de caractère morphologique (ou morphosyntaxique), les constituants périphériques peuvent appartenir à pratiquement tous les niveaux linguistiques - ce sont des lexèmes, des unités morphosyntaxiques, des éléments intonatifs, des indicateurs contextuels etc. Le critère méthodologique le plus important qui sous-tend la délimitation d’un champ fonctionnel - sémantique c’est bien la présence d’une ou de plusieurs catégories morphologiques.

Il y a de bonnes raisons d’aborder le médiatif sous cet angle-là, surtout s’il s’agit d’une approche contrastive. Beaucoup de langues disposent de procédés médiatifs grammaticalisés - l’albanais, le bulgare, le géorgien, le persan, le turc, certaines langues amérindiennes etc. (cf. Guentcheva 1993, 2011). Ce n’est pas le cas des langues romanes ou germaniques par exemple, qui recourent à d’autres marqueurs de mediatisation. Le modèle fonctionnel - sémantique a l’avantage de poser en tant que tertium comparationis une base sémantico - énonciative commune, la médiativité en l’occurrence, à partir de laquelle vont être considérées les marques exponentielles du médiatif dans les langues comparées sans aucune restriction quant à leur nature. Il est tout à fait possible qu’une des langues contrastées possède une catégorie morphologique et l’autre ou les autres langues non. C’est bien le cas du bulgare et du français - deux langues de souche indoeuropéenne mais suffisamment éloignées de par leur appartenance respectivement aux langues slaves et romanes.

 

4. LE RÉNARATIF BULGARE ET SES ÉQUIVALENTS FONCTIONNELS EN FRANÇAIS

Dans cette partie nous allons présenter les valeurs du rénarratif et leurs équivalents français. Soulignons encore une fois que le rénarratif est une catégorie morphologique et par conséquent il fait partie du noyau du champ médiatif, alors que le français ne dispose que de marqueurs périphériques - on est en présence donc d’un cas d’allomorphie prononcée.

Le choix d’une forme du rénarratif signale une attitude particulière du sujet parlant envers l’information transmise. Il y a lieu de distinguer entre l’attitude non testimoniale, l’attitude distanciée et l’attitude émotionnelle (cf. Simeonov 1989) d’où trois valeurs pour cette catégorie.

 

4.1. Valeurs

Valeur non testimoniale

L’énonciateur n’est pas témoin des faits qu’il transmet, il se distancie de l’information qui les concerne.

Comparons les énoncés suivants:

(1) Той прекара новогодишните празници в Гърция. (Toj prekara novogodišnite praznici v Garcja).3

Il a passé les fêtes de fin d’année en Grèce.

(2) Той прекарал новогодишните празници в Гърция. (Toj prekaral novogodišnite praznici v Garcja).

J’ai appris qu’il avait passé les fêtes de fin d’année en Grèce.

Le sujet parlant assume complètement le contenu du premier énoncé, la preuve en est le choix d’un temps de l’indicatif bulgare - l’aoriste. Dans le deuxième énoncé, par contre, la véracité de l’information n’est pas prise en charge - l’énonciateur ne fait que transmettre l’information qu’il a reçue d’un tiers et ceci est confirmé par l’emploi de l’aoriste rénarratif.

Voici un exemple littéraire avec un emploi massif de formes rénarratives - leur apparition est motivée par le contexte et par la présence du verbe чувам (entendre dire) explicitant la voie indirecte dont l’information est reçue:

(3) За сина си Илия, откакто забягна от село преди пет-шест години, дядо Герги беше слушал само лоши работи, но най-после чу и нещо добро: Илия го видели в града, минал бил отсам границата, излизал на пазара, купувал и препродавал коне. И не бил предишният Илия - наконтен, пременен, седял на една маса с големци, пари имал. Дядо Герги не знаеше да вярва или не... (Й. Йовков). (Za sina si Ilja, otkakto zabjagna ot selo predi pet-šest godini, djado Gergi beše slušal samo loši raboti, no naj-posle ču nešto dobro: Ilja go videli v grada, minal bil otsam granicata, izlizal na pazara, kupuval i preprodaval kone. I ne bil predišnjat Ilja - nakonten, premenen, sedjal na edna masa s golemci, pari imal. Djado Gergi ne znaeše da se radva ili ne.)

Depuis que son fils s’était enfui du village, voilà tantôt cinq ou six ans, le père Guergui n’en avait entendu dire que du mal, mais enfin on lui rapporta une nouvelle plus réconfortante: on avait aperçu Ilia dans la ville, il avait repassé la frontière et il se rendait maintenant au marché, y achetait et revendait des chevaux. Et puis ce n’était plus l’homme qu’on avait connu autrefois. Vêtu de neuf, attifé, Ilia s’asseyait à table avec des personnages importants, il avait de l’argent. Le père Guergui ne savait pas s’il devait en croire les rumeurs...

Avec sa valeur non testimoniale le rénarratif apparaît fréquemment dans les textes historiques, dans les contes et les légendes. Par le truchement de ces temps l’auteur a la possibilité de signaler que les faits relatés sont inactuels par rapport au cadre situationnel auquel se rattache son activité énonciative-narrative - il s’agit soit d’événements historiques révolus, éloignés dans le temps, soit d’événements fictionnels.

Valeur de distanciation

Avec cette valeur on est en présence d’un autre cas d’énonciation médiative. Le sujet parlant recourt au médiatif non pas parce qu’il transmet d’une façon indirecte les données contenues dans son énoncé, tout au contraire - il reprend des paroles qu’il a entendues lui-même. Au fond c’est un discours rapporté, mais un discours rapporté médiatisé.

Considérons les énoncés suivants:

(4) Твърди, че всичко е лъжа. (Tvardi, če vsičko e laža.)

Il affirme que tout est faux.

(5) Твърди, че всичко било лъжа. (Tvardi, če vsičko bilo laža.)

Il affirme que tout serait faux.

Dans (4) le sujet parlant ne fait que reprendre le dire d’un premier énonciateur - c’est du discours rapporté authentique. Dans (5) l’attitude du sujet parlant est tout autre - l’apparition d’une forme rénarrative laisse entendre que l’information est transmise sous réserve, le sujet parlant indique clairement qu’il ne peut pas la prendre à son compte. Donc dans (4) l’attitude de l’énonciateur est neutre, dans (5) elle est engagée ou plutôt désengagée à propos du contenu propositionnel rapporté.

Le désengagement peut être accentué par des moyens supplémentaires - cf. l’emploi de la particule modale уж (uj) dans l’énoncé suivant:

(6) Каза, че щял да заминава за града уж по работа. (Kaza, če štjal da zaminava za grada uj po rabota).

Il devrait partir en ville, soi-disant pour affaires.

Valeur emphatique

Par l’intermédiaire des formes envisagées qui introduisent la distance (la distanciation) il y a lieu d’exprimer toute une gamme de sentiments, à commencer par la surprise ou l’ironie et à terminer par l’indignation et la colère. Pouvoir se détacher, en apparence, de ce qui est énoncé, permet au sujet parlant de porter différents jugements sur les faits représentant le contenu propositionnel qu’il émet.

En voici quelques illustrations:

(7) А, че то валяло сняг! (A, če to valjalo snjag!)

Tiens, mais il neige!

(8) Виж ти! Освен че е хубава, била и умна! (Е. Станев) (Vij ti, osven če e hubava, bila i umna!)

Tiens! Non seulement elle est belle, mais intelligente en plus!

(9) Няма те момченце - лъжа си било, дяволско чудо - прав бил татко ти! (Е. Станев) (Njama te momčence - laja si bilo, djavolsko čudo - prav bil tatko ti.)

Mais tu n’existes plus, mon petit gars! Tu n’as été qu’un mensonge, enfant du diable, ton père avait raison!

(10) Бил съм го излъгал! (Bil sam go izlagal!)

Je lui aurais menti, allons donc!4

 

4.2. Équivalents fonctionnels en français

Étant donné que le français ne possède pas de catégorie grammaticale correspondant au rénarratif bulgare, on observe des équivalents dispersés, de nature différente. Il est impossible d’isoler un seul équivalent fonctionnel dominant, il y a même plus - on constate parfois la superposition de deux ou trois éléments assumant le rôle de répliques médiatives.

Nous allons mentionner en premier lieu une série de temps indicatifs présentant des similitudes formelles et notionnelles - l’imparfait, le plus-que-parfait, le conditionnel, le futur proche dans le passé.

Le lien formel, grammatical est évident. L’imparfait, qui désigne l’époque passée et le conditionnel qui désigne l’époque future partagent des terminaisons identiques (augmentées, pour le conditionnel, du morphème futur -r); les formes composées du plus-que-parfait et du futur proche dans le passé sont constituées à la base de l’imparfait des verbes auxiliaires appropriés.

La parenté morphologique n’est pas fortuite, elle reflète un rapprochement notionnel. Les temps mentionnés expriment des relations chronologiques, temporelles par rapport au plan passé. Ceci explique leur identification en tant qu’équivalents du rénarratif qui implique toujours un moment de repère passé.

Le conditionnel est le seul temps qui possède une valeur "rénarrative" coïncidant partiellement avec la valeur non testimoniale des formes bulgares. Avec cette valeur il apparaît fréquemment dans le discours des médias, pour cette raison certains auteurs le qualifient de [conditionnel] journalistique (cf. Desclés 2009).

(11) Съветът на федерациите на руския парламент ще определи днес датата на президентските избори... Новият закон за президентските избори още не е публикуван, но според експерти, запознати с текста му, вотът трябвало да се състои в края на март (Trud). (Savetat na federaciite na ruskja parlament šte opredeli dnes datata na prezidentskite izbori... Novjat zakon za prezidentskite izbori ošte ne e publikuvan, no spored eksperti, zapoznati s teksta mu, votat trjabvalo da se sastoi v kraja na mart.)

Le Conseil da la fédération du parlement russe va fixer aujourd’hui la date des élections présidentielles... La nouvelle loi des élections présidentielles n’est pas encore votée, mais suivant des experts connaissant son texte, le vote devrait avoir lieu fin mars.

L’emploi des quatre temps français est étroitement lié à deux structures syntaxiques à l’aide desquelles l’énonciateur introduit dans son énoncé un acte énonciatif précédent - le style indirect et le style indirect libre. En bulgare ce sont également les procédés syntaxiques les plus courants pour reprendre les paroles d’un autre. Au cas où l’énonciateur se distancie de ces paroles, il y aura un double marquage - premièrement par le verbe introducteur (normalement un verbe de dire), deuxièmement par le rénarratif.

En français où l’opposition morphologique rénarratif / non rénarratif n’est pas opératoire, le rôle des formes temporelles est de préciser les rapports chronologiques et c’est le verbe introducteur qui spécifie, de par son sens lexical, l’attitude de l’énonciateur envers le contenu propositionnel et informationnel qu’il transmet. Donc, on peut dire qu’en français tous les éléments lexicaux - verbes et expressions, qui introduisent les paroles rapportées au style indirect, sont des marqueurs "rénarratifs" ou plutôt médiatifs. En voici quelques-uns parmi les plus fréquents: on dit que, on prétend que, on raconte que, on rapporte que, on fait savoir que, on murmure que, à ce qu’on entend, selon certains bruits / certaines rumeurs, le bruit court que, des rumeurs circulent que.

(12) Викат, било от много акъл, той му изпивал силата (V. Mutafčieva). (Vikat, bilo ot mnogo akal, toj mu izpival silata.)

Il était frêle, disait-on, parce que sa force était épuisée par son esprit.

(13) Ала се говореше тихо, че невястата му, като чула страшната вест, не нахлупила до вежди черен ръченик... и взела да не залоства портите си (A. Dončev).) (Ala se govorese tiho, ce nevjastata mu, kato cula stasnata vest, ne nahlupila do vejdi ceren racenik... i vzela da ne zalostva portite si.)

Mais on chuchotait que la jeune veuve, en apprenant la terrible nouvelle, n’avait pas noué un fichu noir lui cachant les yeux... et qu’elle avait commencé à ne pas barricader sa porte.

Au style indirect libre, qui se caractérise par l’absence d’un verbe introducteur, le rénarratif bulgare est un marqueur grammaticalisé qui signale la transmission d’une information médiatisée, indirecte. En français ce rôle incombe en premier lieu aux indicateurs contextuels et, secondairement, aux temps organisés autour de l’imparfait.

Nous allons présenter, en guise d’illustration, un extrait de L’Étranger d’A. Camus:

(14) J'étais accroupi sur mon lit et Salamano s'était assis sur une chaise devant la table. ...Il m'ennuyait un peu, mais je n'avais rien à faire et je n'avais pas sommeil. Pour dire quelque chose, je l'ai interrogé sur son chien. Il m'a dit qu'il l'avait eu après la mort de sa femme. Il s'était marié assez tard. Dans sa jeunesse, il avait eu envie de faire du théâtre... Mais finalement, il était entré dans les chemins de fer et il ne le regrettait pas, parce que maintenant il avait une petite retraite. Il n'avait pas été heureux avec sa femme, mais dans l'ensemble il s'était bien habitué à elle. Quand elle était morte, il s'était senti très seul. Alors, il avait demandé un chien à un camarade d'atelier et il avait eu celui-là très jeune.

Стоях с подгънати крака на леглото, а Саламано беше седнал на стол до масата. Компанията му не ми беше много приятна, но нямах какво да правя, а и не ми се спеше. За да кажа нещо, го попитах за кучето му. Отговори ми, че го взел след смъртта на жена си. Оженил се доста късно. Когато бил млад, искал да се занимава с театър... Но в края на краищата постъпил в железниците и не съжалявал за това, защото сега получавал малка пенсия. Не бил щастлив с жена си, но общо взето бил свикнал с нея. Когато тя починала, се почувствал много самотен. Тогава поискал куче от един приятел от работилницата и го взел още като съвсем малко пале. (Stojah s podganati kraka na legloto, a Salamano bese sednal na stol do masata. Kompanijata mu ne bese mnogo prijatna, no njamah kakvo da pravja, a i ne mi se spese. Za da kaja nesto, go popitah za kuceto mu. Otgovori mi, ce go vzel sled smartta na zena si. Ojenil se dosta kasno. Kogato bil mlad, iskal da se zanimava s teatar... No v kraja na kraistata postapil v zeleznicite i ne sajaljaval za tova, zastoto sega polucaval malka pensja. Ne bil stastliv s zena si, no obsto vzeto bil sviknal s neja. Kogato tja pocinala, se pocuvstval mnogo samoten. Togava poiskal kuce ot edin prijatel ot rabotilnicata i go vzel oste kato savsem malko pale.)

On peut facilement noter que le temps qui domine dans le texte français c’est le plus-que-parfait alors qu’en bulgare la seule possibilité c’est de recourir aux formes rénarratives avec leur valeur non testimoniale.

Et voici un autre exemple - cette fois le texte de départ est en bulgare et on voit apparaître, en tant qu’équivalent, le conditionnel passé qui cumule l’expression de l’antériorité et de la distanciation:

(15) Пратеникът побърза да ни разубеди. Бил замесен във всички долни сделки навремето си в Италия, бил преговарял със самия дявол (V. Mutaf čieva). (Pratenikat pobarza da ni razubedi. Bil zamesen vav vsički dolni sdelki navremeto si v Italja, bil pregovarjal sas samja djavol.)

Le messager se hâta de nous dissuader. Il aurait été mêlé à toutes les affaires malpropres de son temps en Italie et aurait traité avec le diable en personne.

On doit ajouter aux temps déjà mentionnés le passé simple - de par le caractère inactuel des procès qu’il désigne c’est l’équivalent le plus fréquent du rénarratif des contes et des légendes:

(16) Вечерта късно, когато жива душа по улиците нямало..., горномахленчани видели как от небето паднала една голяма колкото крина огнена топка, изпращяла и се пръснала на хиляди искри. На мегдана станало видело като деня... (A. Karalijčev). (Večerta kasno, kogato jiva duša po ulicite njamalo..., gornomaxlenčani videli kak ot nebeto padnala edna goljama kolkoto krina ognena topka, izpraštjala i se prasnala na xiljadi iskri. Na megdana stanalo videlo kato denja...)

Tard dans la nuit, lorsque les rues étaient complètement désertes, les habitants du quartier d’en haut aperçurent un ballon flamboyant tomber du ciel. Pareil, de par ses dimensions, à un boisseau, il grésilla avant de s’éparpiller en une myriade d’étincelles. La place en fut éclairée comme si c’était en plein jour...

A la suite de cette présentation nous pouvons attester le caractère dispersé et allomorphe des équivalents français. L’éventail qu’ils présentent inclut des éléments contextuels, des structures syntaxiques, des formes verbo-temporelles, donc des unités morphologiques, des éléments lexicaux. A défaut de catégorie médiative grammaticalisée, tous ces éléments expriment, en français, à des degrés différents, le contenu notionnel propre au rénarratif bulgare.

 

CONCLUSION

Considérant que la linguistique contrastive peut jouer un rôle important en tant que "médiateur" dans le processus de traduction, nous nous sommes proposé de fournir des arguments à l’appui à travers l’analyse du médiatif en bulgare et ses équivalents français.

Sur le plan théorique des études pareilles et l’approche contrastive en général contribuent à dégager les traits distinctifs de certaines catégories du langage, dont le médiatif. C’est grâce à de vastes projets de recherches portant sur des langues variées que les linguistes ont délimité et défini d’une manière plus ou moins précise cette catégorie.

Des études centrées sur l’analyse du médiatif dans deux langues concrètes aboutissent, bien sûr, à des résultats théoriques, concernant des spécificités intralangues et des divergences interlangues. En même temps les données contrastives qui révèlent les équivalents fonctionnels dans la langue d’arrivée et leurs caractéristiques énonciatives ont une influence indéniable sur la pratique car elles fixent des repères à suivre par le traducteur en assurant la fiabilité et la précision de son activité.

 

 

NOTES

1. Certains linguistes emploient le terme d’évidentiel (Dendale, Tasmowski 1994, Kirova 2011). [back]

2. Cf. les résultats des vastes recherches dans ce domaine publiés dans "L’énonciation médiatisée" (1996) et "L’énonciation médiatisée II" (2007). [back]

3. Le texte entre parenthèses est une translitération du texte bulgare. [back]

4. Pour les exemples 7 et 10 cf. Simeonov (1989). [back]

 

 

BIBLIOGRAPHIE

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© Silvia Bоteva
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© E-magazine LiterNet, 24.11.2017, № 11 (216)