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CRISES HISTORIQUES ET MYTHES IDENTITAIRES: QUELQUES ILLUSTRATIONS DANS LA LITTÉRATURE BULGARE DU XXe SIÈCLE

Marie Vrinat-Nikolov

web

A l'instar des tribus anciennes, chaque peuple, chaque nation se crée des mythes identitaires qui les situent dans l'espace et le temps et leur confèrent une légitimité particulièrement nécessaire en période de crise, mythes en partie entretenus par les historiens officiels et abondamment illustrés par la littérature. Or l'histoire de la nation bulgare semble être une suite de crises politiques qui ont mis à mal le sentiment identitaire de ce peuple: guerres continuelles avec Byzance au Moyen-Age; luttes intestines; occupation ottomane qui dura cinq siècles, de 1396 à 1878, et dont le pays fut libéré par l'intervention d'une puissance étrangère, la Russie; une démocratie bien chancelante entre 1878 et 1945, au XXe siècle quatre guerres en moins de trente ans (les deux balkaniques en 1912/1913 et les deux mondiales); quarante-cinq ans de régime totalitaire; enfin, une jeune démocratie qui semble maintenant bien implantée après des débuts difficiles et malgré les nombreux nostalgiques de ce qu'on appelle maintenant "l'ancien régime".

Isolé par sa situation géographique à l'extrémité orientale de l'Europe, par les siècles d'occupation ottomane puis la fermeture imposée par le régime communiste, le peuple bulgare a eu ¾ et a souvent encore ¾ le sentiment qu'il doit prouver à cette Europe qu'il en fait partie intégrante par sa culture, sa religion, son mode de vie, et il faut sans doute voir là l'une des raisons pour lesquelles certains mythes ont la vie dure, aussi bien dans les mentalités collectives que dans la littérature.

Il était impensable, bien entendu, dans le cadre d'un régime qui imposait un carcan à la pensée et aux intellectuels, de parler ouvertement de mythes d'ailleurs soigneusement entretenus, voire récupérés et manipulés, afin de détourner l'attention des problèmes économiques ou sociaux. Depuis le début des années 90, cependant, on a vu paraître (ou reparaître) des ouvrages fort intéressants qui témoignent d'une recherche passionnée, parfois douloureuse, de ce qu'est la "bulgaritude" (c'est ainsi que je traduirais volontiers le terme bulgare de "bălgarština"1) et j'accorderai une place toute particulière au recueil Zašto sme takiva? V tărsene na bălgarskata kulturna indentičnost (Pourquoi sommes-nous ainsi?A la recherche de l'identité culturelle bulgare), dans lequel les deux auteurs, Ivan Elenkov et Rumen Daskalov, posent le problème en termes clairs et précis, avant de "donner la parole" à plusieurs écrivains bulgares qui écrivirent sur le sujet, directement ou indirectement, entre la fin du siècle dernier et 1945.

N'ayant pas l'intention de dresser un inventaire des mythes constitutifs de l'identité bulgare, j'en rappellerai les principaux: mythes des origines (avec les figures des premiers Khans, évoqués souvent comme de véritable Titans, tel le Khan Krum); mythes liés à l'occupation ottomane exaltant presque uniquement la souffrance du peuple: luttes héroïques des Bulgares résistant à la violence exercée par les Ottomans et à l'islamisation forcée, afin de préserver leur intégrité nationale, combat des haïdouks, mi-rebelles, mi-brigands, ainsi que celui des troupes de volontaires, le point culminant étant la fameuse insurrection d'avril 1876; mythes de l'époque du réveil national où le peuple commence à prendre véritablement conscience de faire partie d'une collectivité nationale, entourée d'une auréole des plus romantiques; mythes des catastrophes nationales et des territoires perdus, engendrant des "images d'Epinal" comparables, en France, à celles de la perte de l'Alsace-Lorraine; enfin, mythes spécifiques au régime communiste (lutte contre le fascisme, etc.).

Tous ces mythes trouvent forcément un écho dans la littérature bulgare et je m'attacherai ici, à travers trois œuvres emblématiques (la tétralogie macédonienne de Dimităr Talev, Baruten bukvar de Jordan Radičkov et Vreme razdelno d'Anton Dončev) à en analyser les traitements spécifiques et différents, ainsi que la manière dont les pouvoirs publics ont exploité, déformé, récupéré ces mythes, pour asseoir une légitimité mise en cause et fragile.

 

1. Mythe macédonien et luttes pour l'indépendance nationale dans la tétralogie de Dimităr Talev

La vie et l’œuvre de Dimităr Talev sont étroitement liées à la Macédoine où il est né en 1898. Rappelons brièvement qu’à partir du IXe siècle, cette région fait partie du royaume bulgare et que même, entre 971 et 1018, la Bulgarie orientale étant occupée par l’Empire byzantin, la capitale du premier royaume bulgare s'installe en Macédoine. En 1878, le traité de San Stefano qui met fin à la guerre opposant Russie et Empire ottoman stipule la formation d’une Grande Bulgarie indépendante incluant la grande part des territoires macédoniens. Les puissances occidentales, Empires centraux principalement, craignant une hégémonie slave à la place de l’Empire ottoman fortement affaibli, réagissent. Le traité de Berlin, signé quelques mois plus tard, modifie celui de San Stefano: il réduit la Bulgarie à une petite principauté, accorde l'autonomie à la Roumélie orientale, mais maintient la Thrace et la Macédoine dans l'Empire ottoman. C’est le début d’une période de troubles, dont l’insurrection de la Saint-Elie, en 1903, qui vise la libération de ces territoires à la population majoritairement bulgare et les deux guerres balkaniques de 1912 et 1913. A l'issue des guerres balkaniques, dont la Bulgarie sort vaincue, la majeure partie de la Macédoine est attribuée à la Serbie et à la Grèce.

Ces pertes laissent un traumatisme profond dans l'esprit de la population, et l'on voit se développer, aussi bien dans les chansons, les discours que dans la littérature, des images et des symboles qui rappellent assez ce que la France a connu après la perte de l'Alsace-Lorraine. Je citerai les vers suivants du poète Ivan Vazov (1850-1921), qui témoignent assez bien de l'humeur de l'époque::

"Là se trouvent nos âmes et nos cœurs, mes frères!
Nos aspiration et nos rêves
Nos yeux, notre esprit, nos bras grands ouverts,
Que tout ce qui est bulgare y vole!
Nous ne la donnons pas, notre terre si chère,
La terre de nos saints ancêtres.
Elle est nôtre!
Avec nous elle a porté le joug et la couronne d'épines,
Nous ne donnons pas,
Tant que Dieu est là-haut,
Ces forêts, ces vastes champs,
Où retentit le verbe bulgare sacré. (...)"2

Le premier tome de la grande fresque écrite par Dimităr Talev, Železnijat svetilnik, sort en 1952. Paraissent ensuite le troisième, Ilinden, 1953, avant le second, Prespanskite kambani, 1954, puis le quatrième, Glasovete vi čuvam, 19663. On ne saurait vraiment résumer une œuvre aussi ample, qui embrasse environ un siècle, depuis 1833 jusqu’aux guerres balkaniques. A travers la saga de la famille Glaouchev suivie sur trois générations, plusieurs événements majeurs de l’histoire de la Bulgarie et de la Macédoine sont évoqués: combat pour une Eglise indépendante du patriarcat de Constantinople par l'institution d’un exarque bulgare qui devient le chef spirituel de tous les Bulgares (y compris ceux de Macédoine) et auquel sont subordonnées toutes les écoles primaires et secondaires bulgares, guerre russo-turque, libération de la Bulgarie en 1878, insurrection de la Saint-Elie, luttes pour la libération de la Macédoine où diverses fractions politiques mènent une guerre intestine complexe...

Du point de vue narratif, la tétralogie de Talev demeure dans le sillon réaliste tracé par ses prédécesseurs (Ivan Vazov par exemple): chronologie linéaire, avec peu de retours en arrière, aucun clin d’œil prospectif à l’histoire; narration menée "classiquement" à la troisième personne par un narrateur omniscient mais subjectif; souci du détail dans les caractères extrêmement travaillés, la vie quotidienne des héros, l’évocation des luttes de libération. Nous avons donc un traitement classique, d'un réalisme teinté de romantisme, du mythe macédonien.

Le passage suivant illustre bien le ton tantôt emphatique tantôt pathétique avec lequel s'expriment les personnages découvrant et déclarant leur "bulgaritude" (dans le cas présent, c'est le maître d'école, figure emblématique s'il en est de la lutte pour la culture salvatrice, le jour où l'on fête les saints Cyrille et Méthode):

"Peuple de Prespa4, à quoi pensais-tu, à ton réveil, et qu'avais-tu l'intention de faire en ce jour? Tu pensais à ta boutique, à tes champs, tu te préparais, aujourd'hui aussi, à travailler et à gagner de l'argent, mais les cloches de l'église t'ont appelé dans la demeure de Dieu. Or aujourd'hui, frères bulgares, est notre plus grande fête! Béni soit le jour si lumineux des saints frères Cyrille et Méthode, des deux frères de Thessalonique qui instruisirent le peuple bulgare ainsi que tous les slaves! Lorsque tu as oublié leur nom, ô peuple, tu as vécu dans les ténèbres et l'obscurité, asservi à une volonté et à un pouvoir étrangers, car ils sont ton soleil et sans eux, tu serais aveugle et sourd. Ils nous ont donné notre écriture et nos lettres, ils nous ont donné la vie, car tout peuple dépourvu de sa propre écriture et de ses propres lettres est mort et stérile."5

Nous trouvons dans cette oeuvre toutes les figures emblématiques propres aux mythes liés aux luttes de libération de l'occupation ottomane: le jeune paysan qui fuit son petit village natal étouffé par les impôts et redevances en nature dues par les non musulmans ainsi que les atrocités commises par les Turcs; le "tchorbadji", riche commerçant ou paysan aisé qui collabore volontiers avec l'occupant; le clergé grec et plus généralement les "phanariotes", de mèche avec les Ottomans pour exercer une autorité culturelle, linguistique et spirituelle sur les populations slaves; l'institutrice, d'abord considérée avec suspicion (pourquoi diable vouloir instruire les petites filles?), mais qui parvient à persuader de l'importance de sa mission éducatrice; l'avidité de savoir et de lecture, synonymes de liberté, etc.

L'accent est mis sur la population bulgare, son quotidien, ses luttes et aspirations, plutôt que sur les atrocités turques évoquées, certes, mais sans excès. C'est donc au total une œuvre intéressante, avec des personnages bien campés et attachants, une saga qui se lit avec plaisir, d'une traite.

Interné pour ses prises de position en faveur d'une Macédoine bulgare à une époque où l'idée d'une fédération balkanique était contraire aux velléités "nationalistes" des Bulgares de Macédoine, Talev a rédigé son œuvre alors qu'il était assigné en résidence surveillée. Avec la rupture entre Tito et Staline et la mort de ce dernier, l'idée de créer une fédération balkanique supra-nationale devient lettre morte. La campagne menée en Macédoine pour étouffer au sein de la population bulgare toute aspiration nationaliste n'est plus de mise et le patriotisme, le nationalisme deviennent des valeurs encouragées. On dépense des millions pour éditer des livres historiques de fiction ou documentaires. Les romans de Talev, qui reflètent l’un des problèmes fondamentaux de la conscience collective bulgare et les traitent de manière directement accessible au public, arrivent à point nommé pour soutenir ce changement, il devient un grand écrivain officiellement reconnu comme tel.

Au moment du dégel des années 1956/60, l'ouverture qui se produit dans la vie culturelle bulgare permet le renouvellement de la prose, quelques libertés prises par rapport au réalisme socialiste pourtant toujours en vigueur. Il est d'autant plus surprenant qu'en 1964, paraisse dans le réalisme le plus pur, un roman historique qui véhicule en les grossissant les mythes des souffrances endurées par la population bulgare, de l'islamisation forcée et de la résistance de la population: Vreme razdelno (Le Temps de la démarcation).6

 

2. Du roman Vreme razdelno d'Anton Dončev à son adaptation cinématographique: quand les mythes ont la vie dure

Vreme razdelno, d'Anton Dončev, a pour localisation spatio-temporelle une petite vallée des Rhodopes, Elindenja, au moment prétendu de l'islamisation massive et forcée des Bulgares, sous l'occupation ottomane. C'est ainsi que l'on explique l'origine des Pomaks, cette minorité bulgare musulmane toujours actuelle. Dans cette vallée, qui vivait sous la houlette certes dure mais relativement humaine de Sjulejman aga, arrivent Karaibraxim et ses spahis, avec la ferme intention d'islamiser de force tous les villages. Il s'avérera, par la suite, que Karaibraxim est un janissaire d'origine bulgare, qui fut enlevé par les ottomans alors qu'il était enfant, comme tant d'autres petits chrétiens, pour faire partie de ces troupes d'élite du Sultan, et que sa famille (père, frère et sœur) fait partie des Bulgares qu'il va torturer sauvagement. Il se heurte à la résistance farouche de Manol, berger héroïque et viril dont on prétend qu'il a cent frères car, demeuré sans parents, recueilli par un haïdouk en vadrouille, il fut allaité par mainte nourrice, au hasard des errances de son père adoptif. Le roman raconte donc la résistance des Bulgares à cette islamisation forcée durant les quelques semaines qui leur sont accordées et pendant lesquelles ils sont soumis aux pires tortures, spectacles, humiliations, déchéances, à la mort même, puisque chaque jour six personnes sont tuées: brûlées ou écorchées vives, empalées, jetées dans un gouffre, etc.

Malgré ses outrance, ce roman a été accueilli très chaleureusement par le grand public et traduit dans plusieurs langues (il semblerait, d'ailleurs, que ces traductions aient été financées par l'Etat bulgare en la "personne" de son Comité pour la culture, tout comme l'original serait une œuvre de commande destinée à faciliter la énième vague de répression à l'encontre des Pomaks et des Turcs de Bulgarie). Il véhicule pourtant un message fort d'intolérance, et il montre bien comment un mythe, si grossi qu'il en devient mystification, finit par perdre ses valeurs d'illustration et de symbole tant il est déformé et caricatural, du fait de plusieurs techniques mises en jeu: la technique du brouillage et celle du grossissement.

Brouillage des sources d'abord: pour se donner un alibi historique plus véridique, l'auteur précise dans un préambule qu'il a écrit son roman à partir de la chronique d'un moine nommé "le pope Aligorko" et des notes laissées par un noble français fait prisonnier à Candie et converti à l'islam, surnommé "le Vénitien". Or, dans une communication consacrée à ce roman7, Bernard Lory a montré que la chronique du pope Aligorko est un faux. Pour faire encore plus véridique et "folklorique", chaque récit tiré de cette prétendue chronique est précédé d'une chanson populaire ayant trait aux malheurs des Bulgares sous l'occupation ottomane.

Tout aussi troublant est le brouillage des points de vue, qui aboutit à une désinformation totale. En effet, on l'a compris, le récit est mené par deux narrateurs (technique relativement novatrice dans le roman historique bulgare et qui annonce les romans véritablement polyphoniques d'une Vera Mutafčieva): d'une part le pope qui narre les événements du point de vue bulgare et qui finira, comme tant d'autres de ses compagnons, à se convertir non sans résistance à l'Islam; d'autre part, le Vénitien, ce noble français rescapé de Candie qui a embrassé la religion musulmane, tout à fait volontairement cette fois. Il est censé livrer un récit du point de vue des ottomans mais, très vite, complètement écœuré par les atrocités dont il est le témoin (et auxquelles il doit participer), il prend le parti des Bulgares et se convertit une fois de plus. L'objectivité et l'impartialité que l'on pouvait supposer par ce double éclairage sont donc pure fiction.

Mais ce qui frappe le plus, c'est le grossissement et le cliché qui abondent dans le roman. Par cliché, j'entends avant tout une présentation manichéenne des Bulgares et des Turcs, symbolisés par deux personnages qui s'affrontent dès leur première rencontre: le berger Manol et le janissaire Karaibraxim. Cette première rencontre, narrée tout à tour par le Vénitien puis par le pope, est significative: à travers le regard du Vénitien, Manol est présenté comme un brave qui ne reculera jamais devant rien et affirmera sa dignité, malgré sa pauvreté, jusque dans la mort:

" Lorsqu'ils furent sur le chemin, celui qui avait la barbe noire [Manol] enfonça son bonnet de fourrure sur sa tête et s'avança vers nous. Il portait des savates de cuir, tandis que le pope était pieds nus.

Ils s'arrêtèrent devant les chevaux.

Karaibraxim et Manol se toisèrent mutuellement du regard. Maintenant, Karaibraxim regardait de haut, Manol d'en bas. Je savais que Karaibraxim était courroucé, bien que rien n'en transparût sur son visage. Le berger ne devait pas mettre son bonnet devant l'aga turc, car le chapeau est un signe de liberté et de dignité, or il convient à la raïa de demeurer soumise, tête nue."8

Cette affirmation de la dignité des Bulgares chrétiens, de leur résistance héroïque qui les conduira à un destin tragique, est d'ailleurs résumée par le titre de l'un des chapitres du roman: "Je donne ma tête, je ne donne pas ma foi."

Quant à Karaibraxim, il est décrit ensuite par le pope avec les clichés habituels dans la littérature bulgare, lorsqu'il s'agit des Ottomans: riche, méprisant et cruel:

"Et au détour du chemin apparut Karaibraxim, le dévastateur de la vallée Elindenja. Après lui venaient ses hommes sanguinaires.

Karaibraxim et Manol se dressèrent l'un contre l'autre, l'un sur son cheval, l'autre à pied.

Or Karaibraxim était beau comme un ange déchu et habillé comme un Sarrasin. Un vêtement de soie rouge entièrement cousu d'or et d'argent lui tombait jusqu'aux genoux. A la main gauche il tenait un bouclier jaune, sous son genou droit une lance verte. A sa ceinture pendait un yatagan et l'on voyait dépasser des fourreaux, des deux côtés de sa selle, les manches d'argent de pistolets, aussi effilés que le bec d'un oiseau de proie. Son fusil se trouvait derrière son dos, dans une gaine de cuir rouge. Il portait sur la tête un turban de coton blanc, rehaussé en son milieu d'une ganse pourpre et terminé par des plumes noires s'agitant au vent. Ils étaient parés, son cheval et lui, de pierres précieuses par poignées, et le cheval coûtait deux fois plus cher que les pierres."

En fin de compte, les tableaux représentant les exactions, atrocités perverses et tortures perpétrées par les Turcs peints en prosélytes zélés (ce qu'ils ne furent pas, on le sait) se succèdent, ce n'est que sang, viols, boucherie, qui finissent par écœurer non seulement le Vénitien qui reviendra au christianisme, mais aussi le lecteur lui-même. La dureté et la fermeté avec lesquelles résistent les Bulgares est tout aussi frappante, puisque Manol recommande à son fils aîné, au cas où il se ferait enrôler pour être janissaire, trois différentes manières de se tuer, si les autres n'aboutissaient pas. Le point culminant de ce message choquant est certainement la définition du Turc donnée par Manol à son fils cadet:

"Et Manol lui dit:

¾ Sais-tu pourquoi nous disons des Turcs que ce sont des païens?

¾ Je ne sais pas, répondit Mirčo.

¾ Il y a des gens horribles et poilus, avec un œil au milieu du front. On les appelle des païens. Heureusement, Dieu ne les laisse venir sur terre que deux dimanches: celui avant Noël et celui après Noël. Ils mangent de la chair humaine. Ils dévorent tous ceux qu'ils rencontrent. Mais il y a plus terrible. Parfois, lorsqu'ils attrapent quelqu'un, ils le forcent à goûter avec eux la chair humaine. Et cette personne devient comme les païens. "

Cette exacerbation du mythe dans ce roman a déjà été soulignée par le critique bulgare Tončo Žečev:

"Le problème est que Dončev n'a pas réussi à défendre de manière convaincante la nécessité de l'existence de deux récits parallèles dans le roman. Plus exactement, cette composition n'est défendue que dans les premiers chapitres. Peu à peu, les deux points de vue se fondent et se ressemblent tellement qu'il faut faire de réels efforts et se référer aux premières pages pour comprendre qui est le narrateur du récit que nous sommes en train de lire, Aligorko ou le Français. (...) Il faut également mentionner autre chose, à propos de Vreme razdelno. Soucieux d'atteindre les grands traits romantiques de l'histoire, Anton Dončev a laissé dans plusieurs passages le sens de la mesure et du style lui faire défaut. Plus nous avançons vers la fin du roman, plus les répétitions deviennent monotones, uniformes; c'est alors que commence une accumulation chaotique d'horreurs, on sent l'exagération, et le registre sublime, la note légendaire, ne sont plus entretenues qu'extérieurement, de manière artificielle. Il ressort qu'Anton Dončev n'a pas su mener à bien et entièrement son dessein, que le style romantique l'a conduit sur le terrain glissant d'une symbolique et d'une fiction vaines."9

Il n'est pas inutile de confronter l'image donnée par le romancier au travail de l'historien. Dans un ouvrage récent sur l'histoire de la Bulgarie10, Vera Mutafčieva donne un point de vue plus objectif sur la période de la domination ottomane et sur le mythe de l'islamisation forcée à l'origine de la minorité pomaque: il ressort de son analyse que si une discrimination existait réellement entre musulmans et chrétiens infidèles, par l'impôt dû à l'occupant notamment, il n'y a pas eu de politique d'assimilation forcée. L'empire n'y avait pas intérêt car les chrétiens convertis jouissaient des mêmes privilèges que les musulmans. Selon la loi coranique, la sheria, les musulmans devaient islamiser les païens, et non les adeptes des religions possédant l'écrit, c'est à dire le judaïsme et le christianisme. D'autre part, il serait exagéré de parler de conscience nationale pour les Bulgare de l'époque (c'est encore un mythe): c'était plutôt un attachement à la terre et au clan. L'islamisation signifiait se détacher du clan, et donc s'isoler, ce qui explique qu'il n'y ait pas eu non plus d'islamisation volontaire massive, malgré tous les avantages fiscaux et sociaux que cela pouvait représenter.

Cependant, une telle présentation des faits historiques, qui entend démythifier la période ottomane, est récente, comme on l'a dit. Elle est donc encore mal connue du grand public beaucoup plus impressionné par le roman d'Anton Dončev et le film qui en a été tiré.

Dans l'ouvrage déjà mentionné, Zašto sme takiva? V tărsene na bălgarskata kulturna indentičnost, Rumen Daskalov livre une analyse éclairante des mythes sur la domination ottomane:

"Des épisodes tragiques ayant trait à la chute de l'Etat bulgare sous le joug ottoman, les manuels choisissent les moments les plus héroïques de la résistance, et non ceux qui dévoilent la trahison et la déchéance. L'islamisation forcée, l'assimilation ethnique ont pris dans la mythologie nationale des proportions énormes. Peu importe que cela ne corresponde ni à la relative tolérance religieuse de l'empire ottoman, reconnue par l'historiographie ("félicité à l'ombre du padichah"), ni au fait que beaucoup de Bulgares, attirés par certains privilèges des "orthodoxes" se convertissent volontairement à la foi musulmane. Mais le problème ne réside pas seulement dans la véracité des "faits" historiques ni même dans la sélection inéluctable qui en est faite ni dans leur représentation. Mais dans leur connotation et dans la manière dont ils viennent expliquer et justifier des événements présents (par exemple, le processus de "régénération" en 1984, dont il sera question plus bas). C'est justement en ce sens que les événements historiques peuvent être "mythologisés".11

C'est là un point important: les mythes ont en effet la vie dure, et ceux que le roman de Dončev a créés vont être récupérés une seconde fois, manipulés, grossis encore une fois, soumis à la caricature par le film du même nom, Vreme razdelno, œuvre de commande (une fois de plus!) réalisée en 1987 par Ljudmil Stajkov, pour justifier auprès du grand public le processus de "régénération".

En 1984, pour des raisons qui ne sont pas encore entièrement éclaircies, et sans doute pour détourner l'attention de la population des problèmes, aussi bien économiques que sociaux, auxquels se heurtait le régime finissant, le gouvernement bulgare entreprend une croisade contre la minorité turque de Bulgarie, sous le prétexte que les Turcs seraient en réalité les descendants de Bulgares convertis sous la contrainte ottomane. On force alors les Turcs avec une violence inouïe à changer de noms et à bulgariser les leurs; les résistants étaient soit torturés, soit éliminés, soit dépossédés d'existence civique. Et pour obtenir plus facilement encore l'acquiescement d'une population facilement déstabilisée lorsqu'il s'agit du "péril turc", on a recours aux "bons vieux mythes".

Lors d'un festival du film bulgare, à Paris, au Palais de Chaillot, le public français (dont je faisais partie) a pu voir jusqu'à l'écœurement le sang des pauvres paysans bulgares couler de mille manières, les femmes éventrées et violées, les enfants embrochés, les hommes empalés ou brûlés vifs, etc. Trop, c'est trop: tant de manichéisme et de parti pris excluaient l'art, malgré des qualités esthétiques (dans les paysages) et techniques indéniables. Les prétendus symboles contenus dans les gestes, les attitudes, les mimiques, étaient si forcés qu'ils en perdaient justement leur valeur de symboles pour devenir des gestes vides.

En 1969, une œuvre devait reprendre un mythe fondateur fort de l'histoire bulgare, le mythe romantique de l'insurrection de 1876 et de la mort du poète révolutionnaire Xristo Botev, pour lui donner un traitement résolument anti-réaliste et renouvelé:

 

3. Le mythe revisité grâce au merveilleux: Baruten bukvar (L'Abécédaire à la poudre) de Jordan Radičkov

Même si, à la faveur du dégel qui suit la mort de Staline en 1953, le seul dogme officiel reconnu en Bulgarie, le réalisme socialiste, perd un peu de sa toute puissance, et si la littérature bulgare s‘ouvre timidement mais sûrement aux littératures de l‘Ouest grâce au travail effectué par une poignée d‘intellectuels écrivains et traducteurs, il était tout de même osé ou risqué de sortir une œuvre qui n‘offrait pas de héros positifs (c‘est à dire prolétariens) et qui dérogeait à la sacro-sainte mission d‘éduquer le peuple par une représentation véridique de la réalité. Jordan Radičkov a osé.

La majeure partie des œuvres sortant à cette période sont de grandes fresques volontiers épiques exaltant l'édification d'un monde nouveau, la lutte des ouvriers pour construire ce monde dans un climat de confiance en l'avenir, etc. Rien de tel dans les récits et nouvelles de Radičkov qui s'attache à l'art du détail et recherche l'homme dans son individualité, sa spécificité.

Dans ces conditions, si le public a toujours été dans son ensemble favorable, voire enthousiaste, à la lecture des oeuvres de Radičkov, la critique, elle, était gênée, perplexe, ennuyée de ne pouvoir le ranger dans une catégorie bien définie. Ainsi, le philosophe Todor Pavlov (à qui l‘on doit la définition la plus tautologique qui soit du réalisme socialiste: "L’art, aujourd’hui, eu égard aux conditions et aux tâches qui sont les nôtres, est et doit être profondément et jusqu’au bout un art de classe et de Parti ou, plus exactement, socialiste-réaliste, c’est à dire pas seulement réaliste mais aussi socialiste, et pas seulement socialiste mais aussi réaliste."12) voit dans ces œuvres une déformation de la réalité, un absurde dépourvu de sens.

Or, c'est l'un des rares prosateurs de l'époque qui introduise le magique, le merveilleux, dans ses nombreux récits. Ce qui caractérise profondément le monde de Radičkov, c'est que la magie qu'il traque et nous recrée par son verbe n'est pas une magie faite d'effets spéciaux extérieurs à l'homme, tel le Deus ex machina des Anciens. La magie qui peuple l'univers de ses récits est une magie intrinsèque à l'homme. Elle n'existe que par le regard et le verbe de l'homme. C'est particulièrement bien illustré par le récit "La charrette", issue du recueil Baruten bukvar, paru en 1969.

Dans ce récit, le personnage principal (on hésite à parler de "héros" chez Radičkov!), le père Floro, potier, mène sa charrette au galop, de village en village, où il vend ses amphores et ses pots. Sur les parois de sa charrette, il a fait peindre le poète Xristo Botev, héros national bulgare mort sur le champ de bataille durant les luttes de libération de la Bulgarie, sa troupe armée, des Turcs, des Tcherkesses. Tout ce petit monde prend vie tandis que les chevaux galopent, et ce n'est plus Floro qui traverse les villages, mais Botev et ses hommes, et tout un pan de l'histoire populaire bulgare se déroule de nouveau dans la tête de notre charretier qui finit par s'identifier au poète; le vent qui s'engouffre dans le goulot des amphores les fait siffler, les clochettes de la charrette tintent, les femmes en achetant la marchandise de Floro l'interrogent sur les figures peintes sur sa charrette et il leur raconte toute l'histoire: Botev, ses hommes, les Turcs, les Tcherkesses...

La figure emblématique de Xristo Botev (1847 - 1876), poète et combattant pour la liberté, est un mythe identitaire fort pour le peuple bulgare (tout comme Petőfi Sandór pour les Hongrois). D'ailleurs, dans un manuel pour les élèves sur les écrivains bulgares13, l'auteur des pages consacrées à ce poète reconnaît que "le chemin de vie de Xristo Botev (...) a attiré tout autant les biographes consciencieux que les légendes." L'épisode le plus célèbre et qui est d'ailleurs glorifié dans la fameuse chanson "Tix bjal Dunav" encore apprise par les petits écoliers bulgares, retrace l'épopée du poète, lors de l'insurrection d'avril 1876: alors exilé à Bucarest, il franchit le Danube avec sa troupe sur le Radecki, et trouve la mort au combat, dans le Balkan.

Dans "La Charrette", nulle trace des clichés habituels sur l'héroïsme et le sacrifice du poète. Grâce à lui, un monde fait de musique, d'héroïsme, de sons mais aussi d'un certain comique dans les images et les comparaisons, naît et vient enrichir la vie quotidienne si prosaïque et morne de ce charretier avide d'actes héroïques, lui aussi (il finira d'ailleurs par transporter des armes et mourir assassiné), comme en témoigne le passage suivant:

"Je dis au carrossier: "Tu vas me peindre toute la troupe de Botev sur les ridelles de la charrette, avec son chef, le drapeau et tous les lions; le bateau aussi, tu vas me le dessiner, avec le capitaine autrichien, et puis tu mettras aussi des Tcherkesses, et des Turcs... comme ça s'est passé à l'époque." (...) Pour dire la vérité, le bonhomme a fait des efforts, il a tout représenté comme il fallait. Le bateau plongé jusqu'aux genoux dans le Danube sur la berge de Kozloduj, luisant, crachant de la fumée par sa cheminée comme une fabrique d'huile; près de lui, le capitaine autrichien ¾ quelque chose comme Eglender, j'crois bien ¾ se dresse et salue, la main au képi; ensuite, il y a un bachi-bouzouk, des Tcherkesses, et sur l'autre ridelle, on voit la troupe avec le drapeau et son chef. (...) Et c'est ainsi que je roule avec ma troupe, on sillonne les chemins."

Plus loin, ces figures prennent véritablement vie, s'animent comme celles d'une lanterne magique, dans une évocation qui n'est pas sans rappeler celle du Golo et de la Geneviève de Brabant de Proust, dans Du côté de chez Swann :

"Le Tcherkesse espionne derrière les haies, il donne un coup de fusil, embusqué, et part lui aussi sur les traces de la troupe, dans l'espoir de trouver quelque proie à prendre. Lorsqu'il l'apprend, le bachi-bouzouk saisit aussitôt ses armes et part également sur les traces de la troupe, l'armée régulière forme elle aussi ses rangs, plein de pachas donnent des ordres, des charrettes entières roulent chargées de poudre, et tout derrière, viennent les Tsiganes prêts à récolter les restes du butin. Mais la troupe continue sa marche, "La Liberté ou la mort" se déploie sur son drapeau, tandis que le lion se dresse sur ses deux pattes14. Cela se met à sentir la poudre, le sang, mais la troupe ne s'arrête pas, son chef encourage ses hommes, son sabre s'agite comme un éclair."

Ainsi, banal, comique et héroïque se côtoient à une époque où ce genre de thème historique devait être ¾ et était ¾ traité avec sérieux et sur le mode épique. C'est donc l'un des rares exemples que l'on puisse trouver dans la littérature contemporaine bulgare où un mythe identitaire fort se trouve traité sur le mode merveilleux et non réaliste.

Il vaudrait bien sûr la peine de recenser le traitement réservé aux mythes fondateurs de l'identité bulgare à travers la littérature, dans le prolongement des travaux d'Ivan Elenkov et de Rumen Daskalov, qui s'arrêtent à 1945. Or, la période totalitaire est fertile en récupérations et manipulations de ce genre de mythes permettant de rassembler toute une population, voire toute une nation.

Dans le cadre modeste de cette étude, je me suis limitée volontairement à trois exemples emblématiques, qui montrent bien le traitement différent réservé aux mythes identitaires: réalisme romantique chez Talev, autour du mythe macédonien et des luttes de libération pour l'affranchissement de la double tutelle (tutelle administrative et sociale exercée par les Ottomans, religieuse et spirituelle par les grecs); réalisme qui se veut tragique mais qui tombe dans le manichéisme par les brouillages et grossissements opérés chez Dončev autour du mythe de l'islamisation forcée des Bulgares; enfin, merveilleux dans le sens que donne à ce concept Tzvétan Todorov15 (irruption de l'irrationnel, de l'irréel que l'on accepte comme tel) chez Radičkov, où le mythe du combat livré par le poète Xristo Botev et de sa mort sur le champ de bataille, permet une cohabitation entre réel et imaginaire rare dans la prose bulgare de l'époque. Témoignage d'une capacité à se distancer du mythe, à l'objectiver, au lieu de s'y identifier aveuglément, de le revivre indéfiniment comme tel... Je terminerai en citant de nouveau Rumen Elenkov:

"Cette fois-ci, nous sommes apparemment déterminés à devenir de "vrais Européens", or le fait de "romantiser" et d'idéaliser "l'originalité" nationale semble de moins en moins fondé. Mais nous ne devons pas nous leurrer. L'identité nationale demeure un appui absolument indispensable à notre existence. Le problème, c'est de ne pas la penser et se l'imaginer d'une manière qui fermerait au changement, en particulier de ne pas se laisser exalter par un passé idéalisé, ni par une "originalité" absolue. Et aussi, de la penser de manière suffisamment vaste pour y inclure toute la population de notre pays, et suffisamment tolérante pour admettre les différences."16

Beau programme, toujours et partout actuel, toujours et partout problématique, encore plus, peut-être, en cette fin de XXe siècle, qui est et sera, espérons-le, porté par la littérature...

 

 


1. Parmi les plus intéressants:

- Nikola Georgiev, Nova kniga za bălgarskija narod, Sofia, universitetsko izdatelstvo sv. Kliment Oxridski, 1991 (Nouveau livre sur;les Bulgares)

- Ivan Elenkov, Rumen Daskalov, Zašto sme takiva? V tărsene na bălgarskata kulturna indentičnost, Sofia, Prosveta, 1994

- Anton Strašimirov, Kniga za bălgarite, Sofia, Sibija, 1995; réédition (Livre sur les Bulgares)

- Ivan Xadžijski, Bit i duševnost na našija narod, Sofia, universitetsko izdatelstvo sv. Kliment Oxridski, 1995; réédition (Mœurs et mentalité de notre peuple),

- Ivan Xadžijski, Optimistična teorija za našija narod, Sofia, Otečestvo, 1997; réédition (Théorie optimiste sur notre peuple). [en arriere]

2. Cité dans Gabriele Nissim, Čovekăt, kojto sprja Xitler, (traduction de l'italien), Sofia, Narodno Săbranie, 1999. [en arriere]

3. Respectivement en français "Le chandelier de fer", La saint-Elie", "Les cloches de Prespa", "J'entends vos voix". [en arriere]

4. Ville de Macédoine. [en arriere]

5. Dimităr Talev, Prespanskite kambani, Sofia, éd. Bălgarski pisatel, 1982, p. 51. [en arriere]

6. Paru en français sous le titre Les cent frères de Manol, éd. Actes Sud, 1998, dans une traduction de P. Obbov. [en arriere]

7. "Mythes historiques et littéraires sur l'islamisation des Pomaks", Colloque sur "Les mises en scène de l'histoire en Europe médiane depuis 1945", organisé par le Centre d'Etude de l'Europe médiane, Paris, INALCO, 27-28 janvier 2000. [en arriere]

8. Ne disposant pas de l'édition en français, je traduis l'édition bulgare de 1986. [en arriere]

9. Tončo Žečev, Bălgarskikat roman sled Deveti septemvri, éd. Nauka i izkustvo, Sofia, 1980. [en arriere]

10. Ivan Božilov, Vera Mutafčieva, Andrej Pantev, Konstantin Kosev, Stojčo Grănčarov, Istorija na Bălgarija, Sofia, Abagar, 1998, p. 132-140. [en arriere]

11. Zašto sme takiva? V tărsene na bălgarskata kulturna indentičnost, op. cit. , p. 31. [en arriere]

12. Literatura za 11 klas, Sofia, Prosveta, 1993, p. 19 [en arriere]

13. Ivan Radev et alii, Biografii na bălgarskite pisateli, Veliko-Tărnovo, éd. Slovo, 1995, p. 182. [en arriere]

14. Allusion au drapeau des combattants pour la liberté, où figuraient ce mot d'ordre ainsi qu'un lion dressé sur ses pattes arrières. [en arriere]

15. Tzvétan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, Paris, Seuil, points-Seuil, 1970. [en arriere]

16. Zašto sme takiva? V tărsene na bălgarskata kulturna indentičnost, op. cit., p. 48. [en arriere]

 

 

© Marie Vrinat-Nikolov
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© E-magazine LiterNet, 21.09.2002, № 9 (34)

Other publications:
A paraître dans les actes du colloque "La France, l’Europe et les Balkans, crises historiques et témoignages littéraires", Arras-Paris, 22/23 septembre 2000.